—D'ailleurs, ajouta-t-il, n'est-ce pas moi qui t'épouse? Ma parole te suffit, je me charge du reste.
Le fiacre entrait dans la cour de la gare. Dans une salle d'attente déserte, ils se firent leurs adieux, et tandis que leurs lèvres se rencontraient, ils murmuraient:
—Au revoir, ma petite femme chérie.
—Au revoir, mon Lionel, mon mari adoré.
V
HEUREUSEMENT, le portrait de Gisèle était presque achevé, car, après le bal où elle s'était laissé compromettre par Lionel, les d'Altenheim se montrèrent froids à l'égard de Renée.
Elle ne s'en inquiéta guère, tout absorbée par les rêves, les émotions, les tendresses de sa triple situation de jeune fille, de femme et de fiancée. Elle redoublait d'amour pour ses parents; et, si elle commençait à souffrir de les tromper, c'était seulement dans le regret de ne pouvoir leur faire partager ses joies. Deux ou trois lettres de Lionel arrivèrent, renouvelant ses promesses, se réjouissant de l'avenir, et toutes pleines de mots caressants. Il écrivait comme il parlait, avec des raffinements voluptueux d'expression, de petites phrases d'une douceur exquise, que Renée se répétait mille fois ensuite et qui la faisaient frémir délicieusement. Il signait souvent: «Le plus amoureux des époux.»
Cependant Mme Sorel, avec sa perspicacité maternelle, pressentit que Renée gardait un secret. Elle ne s'inquiéta guère d'abord, la voyant plus joyeuse et mieux inspirée dans ses travaux que jamais. Puis elle fit une remarque: c'est qu'il venait beaucoup de lettres pour sa fille dont l'adresse offrait la même écriture que le paquet envoyé par le jeune Duplessier. Au second voyage de Lionel, quand elle vit les timbres de la poste, elle n'eut plus de doutes sur la personnalité du correspondant. L'idée ne lui vint même pas de décacheter une de ces lettres, mais elle se décida à questionner sa fille.