Dès ses premiers mots, Renée tomba dans ses bras, et lui avoua leur amour réciproque. Peu s'en fallut qu'elle ne dît tout. Il lui répugnait tant de cacher quelque chose à sa mère, et elle se sentait tellement innocente qu'elle ne comprenait pas qu'on pût la blâmer. C'était ce sentiment qui faussait complètement dans cette période de sa vie sa notion du bien et du mal. Si, au lieu de son éducation étroitement religieuse, de sa croyance en la grâce divine, aux avertissements du Saint-Esprit dans son cœur, on lui avait enseigné la véritable origine de la morale, elle n'eût pas attendu, malgré elle, malgré la transformation de sa piété, la condamnation mystérieuse d'une voix intérieure. Sa raison seule lui aurais appris qu'elle était criminelle, et plus encore: qu'elle était jugée, condamnée dès son premier pas dans la faute par l'éternelle justice des choses, et que déjà s'avançait rapidement le jour où elle allait souffrir.
—Oui, maman, oui, c'est vrai, j'aime Lionel et lui-même ne veut pas d'autre femme que moi. Nous avons eu le tort de nous promettre l'un à l'autre sans consulter d'abord nos parents. Mais vois-tu, mère, ne me gronde pas. Tout est déjà réparé. Il m'écrit qu'il a gagné sa cause auprès des siens, et moi, je suis sûre, n'est-ce pas, mère chérie, que tu ne vas pas me dire non.
Mme Sorel souriait, attendrie, malgré qu'elle en eût, par ce petit roman qu'elle croyait à peine ébauché, et dont, tout d'abord, elle avait blâmé l'imprudence; convaincue surtout par le bonheur qui rayonnait dans les yeux de sa fille; enfin conquise d'avance par ce charme audacieux de Lionel, qui s'imposait à toutes les femmes.
—Mais si ton père nous refuse? dit-elle. Tu sais qu'il ne partage pas l'enthousiasme général pour le jeune Duplessier.
—Oh! maman, ce n'est pas possible. Quand il verra plus souvent Lionel il découvrira tout ce qu'il vaut. Il n'a contre lui qu'un préjugé instinctif, il le connaît à peine. Puis, je saurais bien le décider. Il ne voudra pas me voir mourir de chagrin.
—Tu en es là? reprit avec un peu d'inquiétude la douce Mme Sorel. Ne te monte pas la tête, ma chère enfant. Aucun homme ne vaut que l'on meure pour lui.
—Oh! maman!...
—Enfin, cela me fait peur de t'entendre parler ainsi. Ce mariage n'est pas fait...
—Maman, j'ai la parole de Lionel. Rien ne m'empêchera de devenir sa femme.
Elle ajouta avec cette rouerie féminine toujours au service des plus franches: