—Alors, ma pauvre petite, tu comprends que tout cela bouleverse un peu mes projets. Nous ne pouvons plus songer à nous marier, n'est-ce pas?

Elle se tut. Le ton indifférent de Lionel, malgré la câlinerie de certains mots, lui faisait plus de mal que la terrible nouvelle.

—D'ailleurs, ajouta-t-il, je t'avouerai que mes parents refusent leur consentement. Mon père me trouve trop jeune. Il a essayé de me démontrer que je me repentirai plus tard, alors que, arrivé à quelque grande position, je pourrai choisir entre les plus beaux partis... Qu'est-ce que tu as? Ne me retire pas ta petite main. Je ne dis pas que je pense tout à fait comme lui...

Il souleva jusqu'à ses lèvres la main tremblante que Renée avait détachée de son bras et qu'il y reposa en la caressant doucement.

—Ma mère aussi, continua-t-il, ma mère ne veut pas entendre parler pour moi d'une femme artiste.

Il y eut un silence. Tous deux continuaient à marcher sous les arbres, dans la direction de l'Arc-de-Triomphe.

—Tu ne me parles pas, Rénette, fit Lionel d'un ton de reproche cajoleur.

—As-tu dit à tes parents, demanda Renée, qu'il s'agissait du bonheur de ton enfant?

—Oh! je me suis bien gardé de rien leur dire de semblable. C'est pour le coup que mon père se serait moqué de moi. Il m'aurait dit: «Du moment que tu as déjà la femme, pourquoi diable l'épouserais-tu?»

L'abominable brutalité de ces paroles atteignit Renée en plein cœur. Il ne lui en fallait pas tant! Elle était si fine, elle comprenait si vite.