«Il ne sait pas ce qu'il dit, pensa-t-elle. Il n'attache pas à ces mots le sens qui me fait tant de mal. Ce n'est pas possible. Il souffre lui-même et tranche ainsi violemment pour achever l'exécution plus vite.»

Elle l'excusait intérieurement. Ce fut sa tactique involontaire longtemps encore. S'il avait fallu le mépriser, à quel degré de souffrance n'aurait-elle pas été soumise!

—Laisse la femme de côté, reprit-elle. C'est de l'enfant que je parlais.

—L'enfant!... Mais que nous soyons mariés ou non, nous ne l'en aimerons pas moins.

—Il n'aura ni père ni mère.

—Ah çà!.. où prends-tu cette monstruosité? Imagines-tu qu'il faille abandonner son enfant parce qu'on ne se marie pas? Il aura un père qui l'aimera beaucoup et la plus gentille petite maman du monde.

—Encore une question, Lionel. As-tu dit à tes parents que tu as donné ta parole?

—Ma parole à qui? de quoi?

—Ta parole à moi... de m'épouser.

—Tu plaisantes, ma chère. Cette parole m'engageait dans la limite du possible seulement. Au lieu de la retourner maintenant contre moi, tu dois la considérer comme une grande preuve d'amour, puisqu'à un moment donné, j'ai été disposé à faire de toi ma femme, malgré toutes les difficultés que je prévoyais. Ces difficultés ont été plus grandes que je ne pouvais m'y attendre. Elles se sont compliquées davantage encore. Il n'y a vraiment pas de ma faute. Ma parole ne t'a rien fait faire de plus ni de moins, puisque tu t'étais déjà donnée à moi. Ne gâte donc pas par des sophismes et des reproches la beauté de ton dévoûment.