—C'est entendu. Je te reverrai pour arranger cela. Laisse-moi filer maintenant, ou je raterai mon train.
Il était minuit et demi quand Lionel mit la clef dans la serrure de la porte extérieure, n'ayant pas même besoin d'allumer le bout de bougie toujours préparé pour lui dans un certain angle du mur, car la nuit était merveilleusement pure, et la lune, comme un grand flambeau pâle, éclairait nettement et fantastiquement tous les objets. Il traversa le jardin, entra dans la maison.
Renée l'avait entendu; elle avait fait de la lumière; et sa jolie tête, toute souriante et joyeuse, se dressait sur l'oreiller, dans l'impatience de l'embrasser plus tôt.
—Te voilà, mon Lionel, te voilà, oh! quel bonheur!
—Mais oui, mignonne, dit-il en se penchant sur elle.
Et il murmurait parmi les premiers baisers:
—J'accours comme un fou. J'ai trop envie de dormir avec ma petite femme ce soir.
Le ton seul de sa voix était déjà une caresse. Il avais une grâce passionnée qui, durant ses courtes visites, endormait d'un charme magique toutes les souffrances de Renée et lui faisait oublier les lamentables jours de solitude. Et il se hâtait de la déployer, cette grâce, dont il connaissait la puissance, afin de détourner d'avance le discret reproche et de dissiper la tristesse des tendres regards bleus.
—Comme c'est singulier! lui disait Renée: à quelque heure que tu arrives, je te sens venir avant que tu aies tourné le coin de notre allée. Et si je suis déjà endormie, je me réveille, sans faute, une minute avant de t'entendre refermer la porte du jardin. Comment peux-tu expliquer cela?
—C'est parce que tu t'es habituée à l'heure des trains, dit Lionel.