Il lui saisit les deux mains.

— « Que vous êtes gentille ! Vous êtes venue. Vous ne m’en voulez donc pas trop ? »

Elle reprit haleine. Le cœur lui battait dans la gorge. Ses yeux bruns — illuminés de jeunesse, de franchise aussi — se fixèrent largement sur le visage inscrutable.

— « Vous en vouloir ?… Non. Vous m’écrivez qu’il y a malentendu. Je me suis donc trompée. Ne parlons plus de cela. »

Elle retira ses mains, avec un léger effort. Il se taisait, souriant, de son sourire sans lumière. Elle ajouta :

— « Je viens vous remercier pour les épreuves. Les voici. C’est une grande chose de paraître dans le Gulliver. »

Il sourit davantage. Quelle enfant ! Quelle délicieuse enfant !… Un rien d’émotion attendrie brilla derrière le monocle, sur les traits grisâtres, au coin de la lèvre glabre, qui gardait le pli de la cigarette avec celui de l’ironie et de la lassitude.

— « Le Gulliver », dit-il, haussant l’épaule. « Vous lui faites bien de l’honneur. Il vous appartient. Ce sera votre journal, si vous voulez.

— Comment ?… »

Elle eut un faible élan, devint toute rose. Et l’homme qu’elle jugeait dangereux, intimidant, vieux, lugubre, soudain revêtit le prestige de sa puissance. Monbardon ! C’était Monbardon qui lui parlait ainsi !