— Céline, pourriez-vous me porter ceci ?… Mais, qu’est-ce que vous avez ? Que faisiez-vous ?

— Je croyais Mademoiselle partie », répéta l’autre. « Alors, nous mangions de bonne heure, parce que Madame nous a donné notre soirée. Nous allons avec la concierge… »

Les sourcils de Gilberte se contractèrent.

— « Allez », dit-elle avec une dureté que la domestique ne comprit pas.

— « Mais, puisque Mademoiselle sort, Mademoiselle pourra peut-être… » hasarda Céline avec la familiarité dont on use envers des maîtres jeunes.

— « Vous avez raison, j’irai moi-même. »

Et comme la femme de chambre, ennuyée, s’attardait :

« Allez, allez… Vous empoisonnez l’ail. Quelle horreur pouvez-vous bien manger ? »


Rue Vivienne, presque en face de la Bourse, le Gulliver s’était récemment installé dans un hôtel tout neuf. Au fronton, un bas-relief montrait le héros de Swift parmi les Lilliputiens. Sept heures sonnaient à l’horloge du journal et sous la colonnade de Brongniart, lorsque Mlle Andraux traversa la salle des dépêches et s’engagea dans l’escalier à rampe de fer forgé qui menait à la direction. C’était l’heure affairée. Pourtant on ne la fit guère attendre. Heureuse d’échapper à la curiosité des visiteurs, des rédacteurs, des flâneurs, de tous les gens qui encombrent les locaux d’un quotidien, à la fin de l’après-midi, même en juillet, Gilberte se précipita dans le bureau de Monbardon comme en un refuge.