— J’ai eu de fortes dépenses, cette année. Je ne publie pas de roman. Et… mes petites valeurs… je ne peux pas les vendre toutes, sans trop de perte.
— Toutes… oh ! marraine, tu en as vendu !… Mais, ce n’est pas pour cette chose… pour… Papa se trompe. Personne ne t’a demandé de… de payer… des dettes ? »
Claircœur eut un éclair dans les yeux.
— « Tu n’as pas cru cette vilenie ?
— Oh ! non », cria impétueusement la jeune fille. « Croire cela de lui… jamais !… »
Sa marraine la regarda. De pâle qu’elle était, Gilberte devint pourpre.
— « Je t’en prie, marraine… Tu n’as pas à me faire ces yeux-là. Marcel Fagueyrat est un galant homme, qui ne demanderait pas de l’argent à une femme. Voilà tout ce que je veux dire. Et je le sais. Avant lui, j’avais pris une piètre opinion de ces messieurs. J’avais vu ce qu’ils valent. Pas un qui sache respecter une jeune fille. Pouah ! Des gens âgés, des amis de vos parents, des puissants qui tiennent votre sort dans la main. Les lâches !… quelle honte !… Eh bien, marraine, il y en a un… Et c’est un acteur, qu’on dit léger… Un homme jeune, un homme à succès. Il m’ouvre une carrière, il me prépare à y entrer, il me donne des leçons… Tu n’es pas toujours là… Nous jouons des scènes passionnées… Eh bien, marraine, il ne m’a pas dit une parole qu’il n’eût dite devant toi. Il ne m’a pas effleurée du bout du doigt. Il n’a pas eu un regard, pas un mot qui m’eût gênée. Il n’a pas risqué, même en plaisantant, l’ombre d’une déclaration…
— Il est donc capable d’un sentiment profond, d’un amour délicat !… » prononça lentement Claircœur, avec un étrange sourire. « Tant mieux ! j’avais si grand’peur que non.
— Marraine !… » cria Gilberte, éperdue.
— « Ne lui permets pas encore de te le dire. Mais, va, petite fille… ne te tourmente pas de son silence… »