— Une situation de cocotte. Ah ! bien, tu as de jolis instincts !
— Il ne s’agit pas de mes instincts », déclara Blandine. « Ne roule pas des yeux comme ça, Marcel. Toute la salle a déjà remarqué que nous n’étions pas ensemble. Tu vas te rendre parfaitement ridicule. »
Et elle ajouta, en hésitant au seuil du foyer :
— « Regarde un peu tous ces imbéciles qui nous guettent. Nous sommes des bêtes curieuses, ma parole ! »
Mlle Jasmin ne croyait pas si bien dire. Sa mine de chatte blonde sous son énorme chapeau, sa robe à la grecque, dont un fil de velours noir retenait à peine à ses épaules quelques centimètres de corsage, tandis que la jupe étroite et transparente révélait sa croupe de ponette, le galbe ample et solide de ses cuisses, et la ligne fuyante de ses jambes jusqu’à la cheville assez déliée, auraient suffi pour attirer les regards. A côté d’elle, Fagueyrat, cravaté à la mil huit cent trente, offrait cette physionomie fatale et pleine de suffisance que le public veut rencontrer, hors de scène, chez les acteurs qui savent l’émouvoir. Et Blandine ne se montait pas l’imagination en supposant que sa séparation d’avec son ami, compliquée du fait qu’elle se montrait en compagnie bizarre, escortée par des demi-mondaines à la notoriété un peu spéciale, formait le principal sujet de conversation dans une salle où se pressait ce qu’on est convenu d’appeler l’élite intellectuelle de la France.
— « Descendons, partons », proposa Fagueyrat. « Je pense que tu te fiches de savoir comment finit cette stupide pièce.
— C’est ce qui te trompe. Je tiens à voir le dernier acte. Je la trouve épatante, moi, cette pièce. Un homme qui « cane » devant les femmes… Ça a beau être la banalité courante, c’est toujours rigolo à observer.
— Ma petite Blanblan, ne retourne pas dans ta loge. Il faudra y brûler du sucre quand le joli fumier que tu y as invité sera parti. Viens.
— Où ça ?
— Chez toi, chez nous.