— Tiens ! tu t’aperçois que je suis ici. Tu n’as pas encore trouvé le moyen de venir me saluer. En voilà un mufle !
— C’est toi qui n’as pas voulu que nous venions ensemble…
— Ah ! assez, Fagueyrat ! » s’écrièrent les autres. « Laissez-nous entendre. Fichez-nous la paix. Allez faire vos scènes ailleurs.
— Va donc retrouver ta donzelle… cette petite bégueule en bas… Tu as cru me faire enrager… Fallait choisir mieux que cette moucheronne.
— Blandine… je t’expliquerai… tu seras contente… viens… » supplia Fagueyrat, qui, tout à coup, se fit humble.
— « Zut !… »
Les protestations des voisins empêchèrent la querelle de se prolonger. Fagueyrat s’assit au fond de la loge, sur une chaise restée libre. Comme il souffrait positivement des méchancetés récentes de Mlle Jasmin, dont il était amoureux, avec la violence de son tempérament méridional et l’inquiétude stimulante de son ombrageuse vanité, il ne prit point garde aux avances de gestes et de paroles glissées que s’empressa de lui faire une des amies de Blandine, celle que le hasard et l’étroitesse du lieu rapprochaient de lui. Ce ne fut même pas pour narguer la provocatrice qu’il dit presque tout haut à sa maîtresse, en l’emmenant dehors à la fin de l’acte :
— « Si tu crois me punir en t’affichant avec des grues… C’est à toi que tu fais du tort. »
Ce mot, laissé derrière lui, comme la flèche du Parthe, fit éclater dans la loge une série d’appréciations, dont la forme, autant que le genre d’esprit, ne lui donnait que trop raison quant à la qualité des relations de Blandine. Il devina le concert d’injures, et cela lui fut égal. Mais il s’indigna contre cette réflexion de Mlle Jasmin :
— « Puisque tu m’empêches de faire du théâtre, il faut bien tout de même que je songe à me créer une situation.