Elle interrogea plus faiblement :
— « Et l’auteur ?
— L’auteur… Il rêvait son drame aux Français. Pour lui, le Théâtre-Tragique et sa troupe, c’est un pis-aller écœurant. Il exige des engagements extraordinaires. Pour son grand rôle de femme, il va au moins demander Sarah Bernhardt en représentations. »
Mlle Jasmin, muette d’horreur, se laissait précisément hisser dans le taxi-auto. Lorsque son compagnon y fut, lui aussi, monté, elle proféra, du ton dont on énonce une irréfutable vérité :
— « Veux-tu que je te dise ?… C’est tous des mufles, ces gens-là.
— Je n’attendais pas moins de ton jugement », acquiesça Fagueyrat.
— « Des mufles et des crétins », poursuivit la petite actrice, avec une emphase paisible.
Mais ce fut le dernier effort de la dignité, qu’elle gardait avec l’illusion d’être encore en public. S’avérant de façon certaine qu’elle se trouvait dans une voiture fermée, — jamais elle ne saurait comment Fagueyrat avait pris leur vestiaire, — Blandine éclata en sanglots, puis engloba tous les directeurs de théâtre et tous les auteurs dramatiques sous des qualificatifs auprès desquels les termes de « mufles » et de « crétins » ne parurent plus que de doucereuses aménités. Comme son amant se taisait, elle crut qu’il se moquait sournoisement d’elle, et, se tournant vers lui, elle reprit, pour lui tout seul, la kyrielle de ses adjectifs véhéments :
— « Tu me le paieras ! » termina-t-elle. « Tu en as un toupet de m’avoir attirée dehors en me disant que je serais contente !… »
Fagueyrat, habitué depuis le Conservatoire à recevoir noblement les imprécations de Camille, et à ne pas sourciller sous les fureurs d’Hermione, gardait sans peine bonne contenance. Ce fut avec douceur qu’il riposta :