La physionomie animée de la jeune fille répondait joyeusement, lorsque le directeur termina sa phrase :
— « … Comme votre tante ? Vous avez de qui tenir. »
Il n’eut pas le temps de voir se pincer légèrement les traits de Mlle Andraux. Quelqu’un s’interposa :
— « Oui, c’est un don de famille. Nous avons la folie d’écrire, même quand nous ne publions pas. Le père, monsieur le directeur… Je suis le père de cette jeune personne… Théophile Andraux. Vous me donnez une raison de plus d’en être fier. »
Monbardon tourna vers le sous-chef un visage dont l’indifférence dédaigneuse, l’ironie voilée, l’ennui morne, recomposaient la plus habituelle expression. Il ne répondit rien, et revint à Gilberte, — mais brièvement :
— « Alors, mademoiselle, j’aurai l’honneur de causer avec vous. Au Gulliver, n’est-ce pas ? un de ces jours, de six à sept. Nous arrangerons un petit projet de collaboration. »
— « Marraine, marraine !… » disait la jeune fille, dans le fiacre qui les ramenait boulevard Raspail. « Tu vois, je ne me trompais pas… Je sentais bien qu’il y a en moi mieux que l’étoffe d’une employée d’administration. Ma carrière se décide… Je vais collaborer au Gulliver… Un des premiers journaux de Paris !… Ah ! marraine, que je suis heureuse !… que je suis heureuse !… »
IV
— « Madame est chez elle ? »
La femme de chambre de Claircœur, personne peu stylée, n’avait jamais pu comprendre qu’à pareille question un « non » décisif n’est jamais blessant pour le visiteur. Même si ce visiteur astucieux lui tend le piège classique : « La concierge me l’a dit. » Il se heurte à une consigne générale, voilà tout. Tandis que si la camériste hésite, et finit par « aller voir », le gêneur n’a plus de doutes : on le met personnellement à la porte.