Monbardon ne regardait pas Gilberte, semblait ne pas la voir.

— « Mais », fit la romancière, surprise, « entendu ?… oui, pour un conte.

— Un conte, soit. Mais, d’abord, nous allons faire passer les chroniques. Il a dû vous le dire. Elles sont tout à fait bien, ces chroniques, de votre parente… comment, déjà ?… Votre sœur ?…

— Ma nièce, monsieur Monbardon, ma nièce. Tenez, justement, la voilà. Tu entends, Gilberte ? monsieur Monbardon prend tes chroniques. »

Si elle entendait !… Ses yeux s’illuminaient, — deux étoiles sombres, dans la figure devenue toute rose, sous l’écharpe jetée autour de sa tête, et dont la mousseline de soie retombait en amusante capuche. Qu’elle était jolie en ce moment, dans l’effervescence brusque de son bonheur, avec cet enroulement clair sur ses cheveux lustrés, — ses cheveux aux reflets mordorés de marron sauvage !

— « Ah ! c’est mademoiselle ?… » fit le directeur du Gulliver, dont la figure triste voulut exprimer la surprise. « Mais elle est toute jeune, votre nièce, madame de Claircœur ?

— Non, je suis vieille, j’ai déjà vingt ans », soupira Gilberte, avec la bonne foi de son âge, qui considère comme un déclin la troisième dizaine d’années de la vie.

— « Alors », sourit Monbardon, « patientez un peu. Vous vous trouverez très jeune, dans encore vingt ans. Et, d’ailleurs, vous le serez, j’en suis sûr », ajouta-t-il galamment.

Elle rougit, sous le regard insistant et froid. Il reprit :

— « Vous voulez donc devenir une femme de lettres, mademoiselle ?… »