— Quoi ?… Je ne veux pas la dévaliser. Je peux bien lui demander un service.
— Un service d’argent ?… Tu en as donc besoin ?
— Non. Je suis le seul.
— Un gamin comme toi… Et qui vient de rater son bachot pour la troisième fois ! Mon pauvre loup, ce n’est pas le jour pour taper ses parents. »
Bernard bondit de colère. Une flamme courut sur ses joues maigres, aviva la double braise de ses yeux.
— « Je te conseille de changer de ton, Bette, si tu veux que nous restions amis. Je ne suis pas un gamin. Je suis un homme, résolu à faire sa carrière à son idée. Ne m’aide pas… C’est ton affaire. Mais ne me mets pas des bâtons dans les roues. Car tu t’en repentirais ! »
Gilberte le calma, ce ne fut pas long. Elle l’aimait tendrement. Il n’en doutait pas.
— « Mais alors, que diable ! » conclut-il, « ne te range pas du côté des ancêtres. »
Dans la détente de la réconciliation, il lui révéla son idée. Il ferait de l’aviation. En deux ans, il pouvait gagner une fortune. Mais les gros gains ne dureraient que pendant la période d’enfantement de la nouvelle machine. Les records, les tours de force, la rivalité des journaux, — à qui proposera l’épreuve la plus hardie avec la récompense la plus formidable, — tout cela disparaîtrait quand serait trouvé le modèle à peu près définitif de l’aéroplane.
— « Il en sera comme pour l’auto, comprends-tu, Bette. Plus rien à fiche, du côté de l’auto. C’est rasé. Pourtant, il y a moins de vingt ans, des gaillards de mon âge et de ma trempe ramassaient vite leur million, en courant pour des constructeurs.