Le président.—«C'est donc un métier de héros que le vôtre?»
Le ton, que l'on crut ironique, provoqua des murmures. Mais, aussitôt, ils s'apaisèrent. Car, tranquille, la femme répondait:
—«Comme beaucoup de métiers dangereux, monsieur le président.»
Le président.—«Qu'avez-vous donc à dire de Pierre Marowsky?»
R.—«C'était un ouvrier modèle. Toujours le premier au poste, le dernier à partir. Comme il est d'une force extraordinaire, on comptait sur lui dans tous les mauvais cas. Le jour où mon pauvre mari est mort, Pierre Marowsky a risqué sa vie pour nous autres. Il s'agissait d'arrêter le noyau disloqué de la meule, qui tournait à sa vitesse d'enfer et allait sauter d'une minute à l'autre. Pierre s'est avancé tout auprès, ce que personne n'osait, pour débrayer, comme on fait chez nous, à la pièce de bois.»
Un crépitement de bravos.
—«Je vais faire évacuer la salle!» clama le président. «Encore une question, madame. Cette blessure, dont Marowsky porte une double cicatrice à la figure, l'a-t-il reçue chez vous, dans l'exercice de son métier?»
La directrice de l'atelier d'émeulage hésita. Son regard inquiet, embarrassé, chercha celui du fiancé de Tatiane, ne le rencontra pas.
Le président.—«Vous êtes ici, madame, pour dire la vérité.»
R.—«Mais il a dû la dire, lui, à l'instruction.»