Après quelques mots, qui voulurent être pitoyables, mais qui parurent piteux—la vision d'horreur ayant été trop forte,—le président poursuivit son interrogatoire:

—«Les ouvriers, chez vous, madame Jouin... quelles sont leurs idées?... ont-ils un mauvais esprit?»

Des rumeurs s'élevèrent. La salle bourdonna comme une cloche, après le choc du marteau. Le président, ainsi avisé de sa maladresse, s'irrita.

—«Brigadier,» cria-t-il au chef des municipaux, «faites entrer vos hommes, qui sont là, dehors. Et si quelqu'un manifeste, qu'on l'emmène.» Puis, revenant au témoin:—«Saviez-vous que Pierre Marowsky fût un anarchiste, un partisan de l'action directe?»

La veuve répondit:

—«Je ne sais pas ce que c'est que l'action directe. Pierre Marowsky est Russe. Mais nous sommes obligés d'embaucher souvent des étrangers. Les Français ne veulent plus être émeuleurs de limes. C'est trop dur.»

Le président.—«Faisait-il de la propagande nihiliste?»

R.—«Il faisait son travail, monsieur. Et c'est quelque chose, le «travail dans les bottes», comme nous disons. On ne s'entend pas, d'abord. Quelle propagande ferait-on? Les meules crient plus fort que les hommes.»

Le président.—«Mais dehors?... au cabaret?...»

R.—«Les émeuleurs ne vont pas au cabaret, monsieur le président. Celui qui aurait bu une fois, ne boirait pas deux. La meule y mettrait bon ordre.»