—Je te le jure.
—Eh bien, Boris Omiroff ne m'a jamais aimée, comme on l'affirme au hasard. C'est son frère Dimitri, qui m'a aimée. Je n'étais pas beaucoup plus âgée que tu ne l'es aujourd'hui. Il m'a épousée.
—Épousée!..
—Certes.
—Tu es princesse Omiroff?...
—Non. Car mon mari a cessé d'être prince pour me faire sienne. Notre union fut cause de sa disgrâce. Il perdit son titre, ses biens. Hélas! il ne les a recouvrés que pour mourir.
—Comment cela?
—Nous n'étions pas mariés depuis un an, lorsque la guerre contre le Japon éclata. Dimitri voulut partir. Il prit du service comme simple soldat. Mais sa conduite fut tellement admirable, il tenta une si audacieuse diversion pour dégager Port-Arthur, ce fut si héroïque, si étonnant, que le tsar lui rendit sa faveur, lui restitua titre, fortune, tout... Peut-être n'eut-il pas le temps de savoir qu'il rentrait en grâce. Presque aussitôt il fut tué.
—Oh!... Et toi, toi... Flaviana?
—Moi?... J'avais quitté le théâtre pour vivre un songe de bonheur tel qu'il n'en existe pas de pareil sur terre... Le songe fut court. Je me retrouvai seule au monde, méprisée par la famille de mon mari, qui ne voulait pas me connaître. Je repris ma carrière de danseuse.