Avec regret, elle renfonça l'objet mystérieux, et elle courut se poster en travers de la sortie, d'où le concierge, lui saisissant le bras, essaya vainement de l'écarter.
Pour ne pas écraser ces individus en lutte, force fut au chauffeur de ralentir. Alors, à pleins poumons, Katerine lui cria:
—«Flatcheff, rappelle-toi les réunions avec Ivan Toulénine, chez Pierre Marowsky. Je viens te sauver. Il faut que tu m'entendes.»
Si ces paroles émurent l'homme à qui elles s'adressaient, rien ne s'en put deviner. Son visage restait invisible derrière le masque formé par la mentonnière de la casquette, les lunettes, le voile. Cependant il arrêta complètement sa machine, et se pencha, d'un âpre mouvement, vers ce jeune homme qui l'interpellait.
Celui-ci s'avança, tout proche, retira le chapeau de feutre, dont le bord mou, rabattu, cachait en partie son visage, et secoua des boucles noires, qui, libérées, tombèrent, moites et luisantes, sur son front. La bouche rouge esquissa un sourire, tandis que les prunelles dures, pareilles à des éclats d'anthracite, luisaient impénétrablement.
—«Katerine!...» murmura l'homme.
—«Oui, Katerine,» dit-elle. «Je viens te rejoindre. N'es-tu pas toujours mon chef, mon maître?... Pourquoi ne m'as-tu pas dit?... Je t'aurais aidé, au lieu de ces fous furieux. C'est à toi, à toi que j'étais... Pas à leur imbécile de cause.»
L'homme invisible ne bougea pas d'abord. A travers leurs petites vitres, ses yeux indiscernables étudiaient la figure ardente.
C'était vraisemblable, la basse adoration de cette créature sauvage, à l'ignominieuse jeunesse, l'attraction servile vers lui, qui avait dominé, conduit, maté, joué les autres! Avec quelle face de passion avide elle l'écoutait autrefois! Mais aussi, ce pouvait être un piège.
Le crépuscule tombait sur le parc, sur les bois, sur la campagne profonde. Au sud-ouest, une crevasse sanglante marquait la place de l'horizon où s'était englouti le sinistre soleil. Tout se taisait. Le portier, prudemment, s'était éclipsé, dans sa loge. Au fond de la voiture, l'enfant dormait sur les genoux de l'Arlésienne.