—Quelle imprudence!

—Assez, Flatcheff. Écoute-moi. Tu vas conduire là-bas la femme et l'enfant. En auto. Ne prends pas le train. Je te donne Sémène pour ton service. A Arles, tu verras comment vivent ces gens, ce qu'ils désirent. Tu m'en aviseras avant de rien décider. Je vais réfléchir. L'Europe est assez grande pour qu'on trouve un endroit perdu où l'on puisse les installer, les surveiller...

—Mais Votre Haute Noblesse avait résolu...

—De me débarrasser absolument de ce petit. Eh bien... Je ne sais plus. J'y penserai... Il ressemble trop à mon frère.

—Vous le haïssiez, votre frère Dimitri. Vous avez été si content de sa disgrâce... de sa...

—Tais-toi, vieux bandit, ou je t'écrase!...» avait crié le prince, dans une de ces soudaines fureurs, qui montaient en lui surtout aux minutes où il n'était pas d'accord avec lui-même.

Et comme il s'irritait de se sentir démonté, troublé, il donna à Flatcheff un ordre de départ immédiat.

—«Que je ne te voie plus, ni le mioche, ni cette Arlésienne! Moi, je pars, en auto également, pour rejoindre à Cologne mon personnel et mes bagages. De là, par le Nord-Express... à Pétersbourg. Que je trouve un télégramme de toi, n'est-ce pas? Pour la suite... attends mes ordres. Ne bouge pas d'Arles. Je... je t'y enverrai peut-être d'autres instructions.»

Il hésita. Puis, rapidement, très bas:

—«Tu as sans doute raison pour le petit. Mais, diable, un enfant!... Ah! j'aurais dû avoir plus de résolution au moment de sa naissance, quand il n'était qu'une larve informe, sans véritable existence.»