—Paraît qu'il avait l'air de s'y intéresser.

—Quand on a une épine dans le pied, je te réponds qu'on s'y intéresse.

—Pas comme ça.

—Ai-je ses ordres, ou non?

—Il te l'a dit, positivement?

—Positivement?...» répéta Flatcheff, qui ricana. «On voit bien, Kourgane, que tu n'as jamais été dans la confidence d'un barine. Avec les seigneurs, c'est en les devinant qu'on se fait bien venir, surtout pour des histoires de ce genre. Mais, tout empoté que tu sois, tu aurais compris, si tu avais entendu le prince crier:—«Allez!... partez... emmenez le petit et son Arlésienne de malheur... Que je ne les voie plus!...»

Dans l'ombre les voix se turent. Les blanches statues mutilées semblèrent frémir. Mais c'était une vapeur qui passait sur la lune. Il y eut aussi comme un froissement imperceptible, dans le coin le plus ténébreux, en arrière du portique. Un seul des trois hommes l'entendit, ou du moins s'en inquiéta. Ce fut Sémène, le valet silencieux.

Il se leva nonchalamment, fit deux pas comme pour se dégourdir, puis un troisième pour cogner sa pipe contre l'angle d'une pierre, et la vider de sa cendre. Ce troisième pas l'amenait à l'extrémité du portique,—un bout de mur plein, avec des colonnes engagées. Vivement il regarda derrière. D'abord il ne distingua que du noir. Mais aussitôt se dessina une face pâle, où luisait un regard affolé. Une autre pâleur maintenant: deux mains qui se levaient, qui se joignaient en un élan de prière. Sémène, toujours muet, vint reprendre sa place.

Flatcheff déclarait, après un blasphème:

—«Ah! il sera bien content quand la chose sera faite. Et moi donc!... Pensez-vous que j'aie la vocation de devenir bonne d'enfant? Cependant, je ne ferai plus autre chose que de veiller sur ce damné moucheron tant qu'il existera. Moi qui veux rentrer en Russie, et jouir enfin du fruit de mes peines. J'ai assez trimé... J'ai assez risqué ma peau. La preuve c'est que je ne la rapporte pas tout entière...»