—«Voilà le vent qui se lève.»
Et il ajouta très haut, comme s'il donnait un ordre, lui, le pauvre être de servitude:
—«Allons! il faut rentrer.
—Qu'est-ce qui te prend? Tu as peur de t'enrhumer?» firent les autres, en se tordant de rire.
Cette nuit-là, Katerine, tout comme Flatcheff, qui jouait au maître, mit ses chaussures dehors, pour que le domestique les brossât. Chez les Kourgane, elle aidait Mauricette au ménage. Car elle avait repris des vêtements de femme,—les uns prêtés par son hôtesse, les autres parcimonieusement payés par son tyran. Elle nettoyait ses chaussures avec celles de l'autre femme et de l'enfant. Mais, ce soir, elle risqua la tentative de les mettre à sa porte. Et l'anxiété du résultat fut telle que, dans la maison endormie, elle se leva, sans allumer de lumière, et s'en alla tâter le plancher du couloir, au profond des ténèbres, pour savoir si l'on avait emporté ses souliers.
Elle ne les trouva plus. Sémène avait dû les prendre avec ceux de Flatcheff.
Sémène... Qu'était-ce que cet homme?... Nul doute qu'il ne l'eût vue, tout à l'heure, qu'il ne l'eût surprise aux aguets, l'oreille tendue à la conversation terrible. Un instant, elle s'était crue perdue. Il allait parler, révéler sa présence, son espionnage. Flatcheff la tuerait sur-le-champ. Ah! qu'il la tuât du coup, sainte Vierge! qu'il ne la réservât pas pour une lente vie de tortures!... Mais, tandis que la rude créature, malgré son énergie, défaillait d'effroi, elle entendit les sinistres causeurs poursuivre leur conciliabule, sur le même ton, sans que rien les interrompît. Sémène se taisait... d'une complicité tacite avec elle. Était-ce possible? Et alors... L'avertissement serait vrai?...
Le matin suivant, Katerine, en inspectant ses chaussures, vit, du premier coup d'œil, que la semelle intérieure avait été soulevée. Quel émoi! quelle palpitation du cœur! Un minuscule papier apparut, où se distinguaient de fins caractères russes.
«Consentez à tout. N'ayez crainte. Celui qui paraît commander obéit à son destin.»