Un désappointement étreignit Katerine. Cet ordre: «Consentez à tout,» la troublait. Consentir à quoi? Même à l'effroyable crime entrevu: l'assassinat d'un enfant? Que lui dirait-on d'autre pour s'assurer qu'elle n'entraverait rien? Pas un mot sur Pierre Marowsky, cette fois. S'il était libre, s'il s'entendait avec Sémène, pourquoi n'accourait-il pas? Et cette phrase: «Celui qui paraît commander obéit à son destin,» que signifiait-elle? Elle semblait viser Flatcheff. Mais ce pouvait être aussi bien quelque ironique formule de résignation.

Katerine fit disparaître ce papier comme le précédent. Mais ses dents, qui le déchirèrent, n'y trouvèrent pas la même violente saveur d'espérance.

Vers la fin de l'après-midi, comme le jour déclinait,—dans un ciel pur, d'un bleu qui pâlissait sans perdre sa transparence de cristal,—Flatcheff dit à Katerine:

—«Viens te promener un peu avec moi. J'ai à te parler.»

Étonnée, vaguement inquiète aussi, elle quitta, côte à côte avec lui, la maison des Kourgane.

—«Écoute,» lui dit-il. (Il parlait le dialecte petit-russien, et par conséquent ne se préoccupait guère des passants, d'ailleurs bien rares.) «Le moment est venu de montrer que tu m'es dévouée.

—Tant mieux!» fit-elle, tandis que la flamme de ses yeux noirs se baissait vers le pavé.

—«Observe bien le chemin que nous suivons,» reprit Flatcheff, «tu le referas ce soir. C'est pourquoi je t'emmène à la brune, pour que les choses aient le même aspect. La lune luira. Tu verras donc presque plus clair que maintenant. Nous n'allons pas loin. Fais attention. Il ne faut, quand tu reviendras seule, ni te tromper, ni questionner personne.»

Afin de laisser librement s'exercer sa faculté d'observation, l'homme ne lui parla plus.