Surprise, Olga ne répliqua rien.
—«Venez, madame... C'est vrai qu'il y a l'ancienne chambre du prieur... On y fait du feu par les temps d'humidité, pour que tout ne tombe pas de moisissure. Si vous voulez la voir... Oh! elle n'a rien d'intéressant. Voilà pourquoi on ne fatigue pas les personnes à y aller. C'est pas d'un accès facile.»
Tout en bavardant, de sa voix grasse et rauque, à laquelle il affectait de donner des inflexions gracieuses, l'homme s'engageait dans un couloir.
—«Mais, nous tournons le dos,» objecta Flaviana.
—«Parbleu... Il faut monter, puis redescendre. Pas de communication de ce côté... Y a toute une aile qui manque... Je vous dis... Pas facile... Vous allez voir... Mais, n'est-ce pas?... quand il s'agit de contenter le monde...»
La danseuse le suivit. On la jouait. Elle n'en doutait plus. Mais comment faire? Le couloir cessa. Ou plutôt il continuait à ciel ouvert. Ce n'était plus qu'une marge de pierre, surplombant le vide. Un reste de jour éclairait encore suffisamment ce hasardeux chemin.
—«Voilà... Ça vous tente toujours?... Vous voulez continuer?» demanda le garde, narquois.
—«Oui,» dit Flaviana.
Son pied de danseuse, son pied sûr et léger ne trébucherait pas.
Cependant elle faillit s'abattre, non de vertige, mais d'un convulsif émoi. A travers le parc, maintenant brumeux, ténébreux, elle voyait fuir des phares rapides,—deux étoiles mouvantes, soudain éclipsées, puis reparues. Omiroff partait. Demain il serait hors de France, il filerait vers Pétersbourg, vers l'Asie, chaque jour plus loin, emportant son secret... tout l'espoir...