Et, comme pour offrir la preuve de son assertion, il étendit la main vers une table où traînait un journal.

—«Non, non,» fit-elle. «Je sais mieux... Je suis fixée. Boris Omiroff, à l'heure actuelle, est en auto, filant à toute vitesse vers la Belgique. Le premier train qu'il puisse prendre est celui qui partira de Paris, demain, à une heure. Quelqu'un qui monterait dans ce train, serait sûr de le rattraper, ou même d'être en avance sur lui.»

Les claires prunelles de Hawksbury,—prunelles d'une froideur aiguë quand l'amour n'y mettait pas sa trouble ardeur, s'enfoncèrent jusqu'à l'âme de Flaviana. Leur perçante interrogation la bouleversa. Elle joignit les mains.

—«Vous me devinez, Hawksbury. Pourquoi me regardez-vous si durement?»

Les paupières de Frederick battirent. Son expression changea.

—«Vous regarder durement... vous!» s'exclama-t-il d'une voix sourde. Et ses yeux maintenant se veloutaient d'un attendrissement passionné.—«Non,» reprit-il. «Mais vous me faites peur. Jamais je ne vous ai sentie plus loin de moi. Quelque chose de si fort est en vous!... Et qui doit être si étranger à mon existence, à mes sentiments!...»

Elle garda le silence. Cependant,—malgré «ce quelque chose de si fort», perçu par l'intuition de l'amour malheureux, la jeune femme put se dégager assez d'elle-même pour avoir pitié de lui. Il avouait sa peur comme un enfant, cet homme tellement bardé de fierté, d'impassibilité héréditaires. Toutefois, devant l'irrévocable des lèvres muettes, des yeux détournés, il retrouva la maîtrise de soi.

—«Vous dites que je vous devine, princesse Omiroff. Je devine ceci: vous désirez que, demain, je prenne le Nord-Express pour rejoindre mon futur cousin par alliance, le prince Boris, et que je lui transmette vos résolutions, dont l'effet sera de faciliter son mariage.

—Faciliter!... Et même le rendre possible, ce mariage auquel il tient avec toute la fougue de sa nature. Oui, lord Hawksbury, j'ai passé la journée à chercher le prince... Je ne l'ai pas rencontré. Maintenant, il est parti. Et la négociation que j'avais à lui proposer n'est pas de celles qu'on peut traiter par correspondance, ni confier à des tiers. Vous, vous seul... Ah! si vous consentiez à vous en charger!... Malgré votre duel avec Boris, je sais que vous n'êtes pas ennemis. Vous vous considérez mutuellement avec cette courtoisie qui est la parure des gentilshommes.... la coquetterie de leur honneur, si j'ose dire.

—Madame, vous avez prononcé le mot «négociation». C'est donc un échange que vous offrez à Boris?