—«Toutes les preuves, je vous les donnerai. Seulement le récit serait trop long. J'ai reconstitué les circonstances une à une. Pour le moment il faut me croire... Me croyez-vous? Consentez-vous à me venir en aide?»
Il ébaucha un mouvement. Elle l'arrêta.
—«Avant de répondre, sachez tout, lord Hawksbury. Je vous dois la vérité. C'est une amie que vous aiderez, une amie résolue à n'être jamais autre chose pour vous. Je ne serai pas votre femme, Frédéric. Et peut-être même... oui, peut-être deviendrai-je la femme d'un autre.»
Elle rougit légèrement. Puis elle apparut de nouveau très pâle, plus pâle que lui. Tous deux se considérèrent en silence. Flaviana levait des yeux pleins de douleur et de douceur, des yeux qui demandaient pardon. Ceux de l'Anglais furent d'abord impénétrables. Puis ils s'emplirent d'une tristesse immense. Et, tout à coup, il y passa comme le sourire d'une ironie mêlée d'attendrissement.
—«Une vraie Française!» prononça-t-il. «Dans le cœur d'une femme française, l'amour maternel est un maître qui subordonne tout à lui. Vous êtes mère, Flaviana, je ne le savais pas. L'homme que vous épouserez vous devra sans doute à votre enfant. Est-ce que je me trompe?
—Vous ne vous trompez pas, mon ami.
—Que n'ai-je rencontré ce petit-là sur ma route!» soupira Hawksbury, avec une grâce sentimentale qu'on n'eût guère attendue de lui. «Je lui aurais dit volontiers: «My little fellow, give me only the second best place in your mother's beautiful heart, and I shall be too happy.[ [1]»
[1] «Mon petit homme, donne-moi seulement la seconde meilleure place dans l'admirable cœur de ta mère, et je serai trop heureux.»
Ce fut d'une si imprévue délicatesse, l'évocation du petit être, d'un charme si émouvant pour Flaviana, qu'elle pleura.
Lord Hawksbury répéta encore, en la regardant comme s'il la voyait sous un aspect tout nouveau: