La paysanne secoua la tête, fondit en pleurs.

—«Allons... allons...» dit la voix, découragée mais si douce, de Flaviana. «Ne pleurez pas, ma pauvre nounou. Entrez un peu ici, tenez, dans la salle à manger. Vous veniez de la part du docteur. Qu'avez-vous à me dire?... Et qu'est-ce que ces deux petits?...

—Tu ne me reconnais pas, madame?» clama un moutard décidé. «Moi je te reconnais bien. C'est toi qu'as emmené ma sœur Berthe. Même qu'elle a de la veine de demeurer avec toi, dans un si chouette local.

—Où qu'y a des bonnes choses à manger, vrai!» flûta la gamine, se haussant sur la pointe des pieds, tandis que ses deux menottes sales s'agrippaient à la table, par-dessus la nappe blanche.

—«Donnez-leur les muffins, Mélanie,» commanda la maîtresse de maison. Et, se tournant à nouveau vers la nourrice:—«Ce sont les petits Pageant, les enfants de la fruitière... Mais qu'est-ce que vous en faites, ma pauvre nounou?»

Clémence Favier, un doigt sur ses lèvres, désigna les gosses. Ils n'entendraient rien, d'ailleurs, ayant déjà la bouche pleine, et les yeux fixés sur des friandises inconnues, qu'on allait peut-être leur donner.

—«Leur mère est au plus mal. Le docteur m'a fait venir pour que j'emmène les enfants à Claire-Source.» (Un soupir.) «Ah! ça me changera de mon chérubin! Mais ce qu'elle a, c'est très contagieux. Une angine infectieuse... Alors, monsieur le docteur s'excuse auprès de Madame...

—Comment!... c'est pour cette mauvaise femme?...

—Monsieur le docteur ne la quitte pas. Et il n'a même pas pu écrire une vraie lettre. Il a griffonné ça, en me chargeant d'expliquer à Madame...»

La danseuse saisit le papier,—un feuillet réglé à doubles lignes, en page d'écriture, sans doute arraché à un cahier de Totor, et en haut duquel s'étalait, en belle cursive moulée, un exercice sur la lettre f: