Le fifre fanfaron finit fou fieffé.

Sous cet exergue incohérent, quelques lignes au crayon jaillissaient du plus profond de la profonde vie tumultueuse:

«Flavienne bien-aimée,

«Tout mon cœur avec vous, avec l'enfant chéri, avec NOTRE enfant. Mais dussé-je vous perdre l'un et l'autre, je ne puis quitter mon poste. Comprenez-moi... Je suis à cette heure le commandant sur la passerelle, l'aiguilleur qui, pour sauver un train bondé d'existences humaines, le dirige sur la voie où joue son enfant.

«Je me débats contre un mal infectieux, abominable, avec ma nouvelle méthode, encore tâtonnante. Si je guéris un cas si grave, ce sont des milliers de gens, dans l'avenir, arrachés à la mort... Et je ne puis aller, fût-ce une minute, près de vous, de Bertile si faible... Je risquerais de vous porter la terrible contagion.

«Mon Dieu!... Et où en êtes-vous? La police agit-elle? Si vous avez la moindre nouvelle, envoyez-la moi. Et que votre génie maternel vous soit en aide!...»

«Raymond.»

A mesure que ces lignes pénétraient l'esprit de Flaviana, le noble visage de la jeune femme s'animait d'une flamme enthousiaste. Raymond lui demandait de la comprendre. Oui, elle le comprenait. Et plus encore: cet être qu'elle avait besoin d'admirer, de qui, un instant avant, elle doutait presque,—et avec quelle douleur!—lui était restitué, dans toute la magnifique énergie de son intelligence, de son caractère, de sa généreuse humanité. Elle ne l'eût pas souhaité plus grand.

—«Alors vous emmenez ces deux petits à Claire-Source?... dès ce soir?...» demanda-t-elle à Clémence Favier.