Le valet de chambre se tourna. Il avait un visage convulsif et mouillé de larmes. Tout de suite, ce domestique, dont le dévouement à son maître était la raison même de vivre, gémit:

—«Milord... Milord!...» d'un tel accent que les autres s'écartèrent.

Et alors voici ce qui apparut à Frederick de Hawksbury.

Boris Omiroff demeurait encore étendu sur le divan, à peu près dans la position du repos. Mais ce divan, sous son buste, était saccagé,—le bois disloqué, l'étoffe crevée, les paquets de laine et de crins soulevés, dispersés, et inondés de sang. Dans ce fouillis, la belle tête du prince russe se renversait, la face en l'air, le menton tendu, la bouche ouverte, les yeux révulsés, toute criante, semblait-il, et de quel effroyable cri!... Pour muette qu'elle fût, on la voyait, cette clameur de foudroyante agonie. Elle perçait l'âme tremblante des assistants, comme s'ils l'eussent entendue.

D'un geste, Vassili montrait à l'Anglais ce qu'il fallait deviner plutôt que voir. Car nul encore n'avait osé déranger l'attitude d'immobilité terrible. Le crâne de Boris, en arrière, devait être à demi emporté. Car où donc s'achevait ce fort débris de bois garni d'une ferrure, où se répandait...—horreur!...—une substance graisseuse et rosâtre.

Dans le cou,—dans le cou solide, arrondi comme un marbre,—une espèce d'énorme écharde, fichée ainsi qu'une flèche, eût suffi peut-être à provoquer la mort.

Des réflexions s'échangérent, entre le commissaire de la gare, le chef de train, les agents. Vassili traduisit pour lord Hawksbury:

—«Ils disent que jamais engin n'a fait une aussi précise besogne. Avec quelle adresse a-t-on dû jeter cela par la portière, du dehors!... Impossible avant le ralentissement du train... Et où étiez-vous, milord? où étiez-vous?...»

Une exclamation.

Cette fois, nul truchement ne fut nécessaire. L'Anglais vit quelqu'un se relever. Un fil traînait sur le tapis, un fil électrique... Des mains le saisirent, le suivirent jusqu'à son point d'attache, à la paroi du wagon, sous le bouton de la sonnerie.