Hawksbury se rappela le domestique qui, tout à l'heure, réparait cette sonnerie. Devant sa vision intérieure se replaça l'image de cet homme travaillant à terre, glissant quelque chose sous le tapis, si près du divan, si près de la tête...
Il releva les yeux... Cette tête...
Ouvrant les lèvres, il allait clamer son soupçon, sa certitude. Quelque chose l'arrêta. Le regard du serviteur, le regard étrange dardé vers lui quand Boris avait affirmé la mort de l'enfant. Ce regard lui revint, plein de choses, poignant... Il se tut.
Mais un autre cria le nom du criminel. Vassili maniait à son tour le fil électrique, il se frappait le front, puis, avec une mimique indignée, expliquait au commissaire de la gare. Hawksbury ne saisit que le mot:
—«Sémène... Sémène...»
Les policiers se mirent en mouvement. Vassili s'offrit à les conduire. Il allait leur livrer son camarade.
Mais ce fut en vain qu'on chercha le valet de pied... En vain qu'on cerna la gare, qu'on mit le train en quarantaine... En vain qu'on attendit et qu'on reçut les ordres télégraphiés de Pétersbourg... En vain qu'on mobilisa les troupes de la forteresse la plus proche...
L'assassin du prince Boris Omiroff ne se retrouva pas.
Lorsque, enfin, il fallut interrompre les immédiates recherches, laisser poursuivre vers Vladivostock tous les voyageurs immobilisés à Krasnoyarsk, ceux-ci, en s'éloignant, purent apercevoir, remisée sous un hangar devant lequel défila leur train, cette chose, qu'ils regardèrent en frissonnant: le wagon luxueux du prince Omiroff, avec ses vernis brillants, ses panneaux armoriés, dont les volets clos laissaient filtrer de jaunes lueurs—les cierges se consumant dans la chapelle ardente.
On attendait de faire exécuter à ce sépulcre ambulant la manœuvre des plaques tournantes, pour l'accrocher au premier train marchant vers Pétersbourg. Des popes priaient jour et nuit près du corps du dernier des Omiroff.