—«Mais elle sait bien que c'était pour pleurer,» intervint Flaviana. «Elle comprend, allez... Quelle petite âme d'ange! Elle était trop exquise pour ce monde, votre Bertile.»

Pageant regardait la belle artiste. Puis il tourna les yeux vers Raymond. Tous deux se tenaient côte à côte devant lui. Et, malgré leur commisération, leur chagrin, dans le mouvement même qui les penchait ensemble vers sa douleur, il ne put les contempler sans subir le rayonnement de leur harmonie. Tandis qu'eux-mêmes, en ce moment, écartaient la pensée de leur amour, cet amour les liait comme d'une invisible guirlande, les rendait pareils d'expression, de sentiment, d'attitude. Ce n'étaient plus deux êtres indépendants l'un de l'autre. C'était un couple.

L'humble ouvrier sentit cela, profondément. Alors il eut un mot d'une intuition merveilleuse. Sans amertume, comme s'il constatait une réalité presque consolante, il dit:

—«Ma Bertile s'en va pour vous avoir trop aimés, tous les deux.»

Chacun lui prit une main. Et ils se turent. A ce moment leurs trois cœurs se parlèrent. Et celui du frotteur de parquets eut un scrupule de délicatesse infinie, car il craignit d'avoir affligé les autres.

—«C'était son sort,» prononça Pageant. «Comme vous dites, madame Flaviana, l'enfant était trop bonne pour cette terre.»

«C'était son sort...» Il mit à ces trois mots une intonation qu'on ne saurait rendre. Résignation, fierté, navrement, et, sans le savoir, l'immensité du mystère. «C'était son sort...»

Quand ils rentrèrent auprès de Bertile, elle leur sourit, comme toujours. Un peu de couleur lui revenait au visage. Ses lèvres ne répétèrent plus ce qui avait tant bouleversé Flaviana, le «je sais», dévoilant la conscience de sa fin prochaine. Elle tâcha de jouer la confiance dans l'avenir, pour donner le change à leur affliction. Pourtant elle eut une exclamation involontaire:

—«Ah! ma Flaviana, je n'aurais pas voulu partir sans le revoir près de toi!»

Pageant prit le docteur à part.