—«Est-ce possible? Le voudrez-vous, Flavienne?
—Ne le savez-vous pas depuis longtemps que je veux être votre femme, mon ami?
—La femme d'un médecin, vous... princesse?
—Vous êtes bien le père d'un petit prince,» dit-elle avec malice,—une grâce, chez elle, tout imprévue.
—«Son père?... en ai-je le droit?... Réfléchissez... Vous-même, Flavienne, pouvez-vous?...»
Elle l'interrompit. Ayant de nouveau embrassé l'enfant, elle le posa à terre, puis, revenant à Raymond.
—«Mon cher fiancé,» reprit-elle. (Et que ses veux étaient beaux quand elle dit cela!) «Mon cher fiancé, écoutez-moi: Serge, à cette heure, est légalement votre fils, puisque vous l'avez reconnu. J'ajouterai ma déclaration de reconnaissance à la vôtre. Quand nous serons mariés, il sera donc notre enfant légitime. Nous l'élèverons ainsi jusqu'à sa majorité. Et alors... peut-être...—nous avons le temps de réfléchir, n'est-ce pas?—lui dirons-nous l'histoire de sa naissance. S'il veut se lancer dans des revendications qui me répugneraient, libre à lui. Il sera un homme, juge et maître de ses préférences, de ses actes. Mais puissé-je avoir l'orgueil et la joie de voir mon fils choisir, de ses deux destins, celui qui l'a fait votre enfant,—et à quel prix!...
—Mais... son héritage, en Russie?... sa fortune?...
—Son héritage sera séquestré par l'État, car il n'a pas de collatéraux. Donc, il aura toujours la possibilité d'obtenir restitution ou compensation. La possibilité... entendons-nous? S'il prouve qu'il est le fils du prince Dimitri Omiroff, l'enfant qu'on inscrivit là-bas, sur la pierre tombale de leur caveau de famille. On ouvrira le petit cercueil. On y trouvera du sable, sans doute, du sable de France, pris dans le parc du Vieux-Moutier...»
La voix de Flaviana devenait rêveuse. Et la belle tête brune, soudain, s'agita, comme avec dégoût.