—«Ah! puisse-t-il mépriser des richesses qu'il devrait ramasser dans la boue et le sang! Puisse-t-il n'accepter de la vérité que le souvenir de mon noble Dimitri!... Mais,» ajouta la jeune femme, «regardez-le, notre petit trésor... Est-il assez loin de ces troublantes alternatives!... Faisons comme lui... Vivons... Nous en avons conquis le droit.

—Chère Flavienne...» soupira Raymond.

Passionnément il la contemplait, et il ne se détourna pas pour observer l'enfant, comme elle l'y invitait.

Le petit Serge, accroupi sur le tapis, bâtissait une forteresse avec des cubes de bois. Quand il jugeait sa muraille assez haute, il la démolissait avec son poing minuscule, accompagnant chaque coup d'un sourd: «Boum! boum!...» qui, pour lui, représentait le bruit du canon.

Ni son père adoptif, ni sa mère, ne furent, à ce moment, frappés par la coïncidence de ce jeu. Instinct de race, qui, déjà, suscitait une image de guerre et de violence? Simple hasard plutôt, qui faisait s'amuser le fils du héros de Port-Arthur comme aurait pu s'amuser, d'ailleurs, le garçonnet du bourgeois le plus pacifique. Raymond ni Flavienne n'y prêtèrent attention. Lui, se dévorait encore de doutes, d'inquiétudes, ne pouvant croire que la divine créature lui appartînt sans regret. Une question lui brûlait le cœur, qu'il n'osait énoncer. Elle jaillit enfin de ses lèvres.

—«Mais... votre art?...

—La danse?» précisa Flaviana.

—«Oui.

—Quoi donc, mon ami! Avez-vous pensé que celle qui aura l'honneur de porter votre nom demanderait à monter encore sur les planches? Personne, Raymond, n'a mis dans la danse ce que j'ai voulu y mettre d'idéal. Cependant, je sais laisser à leur place les choses incompatibles. Si, comme danseuse, je n'ai jamais voulu porter le titre de princesse Omiroff, par respect pour mon mari mort, ce n'est pas, j'imagine pour promener dans les coulisses votre nom, à vous, mon cher mari vivant.

—Votre art est si grand, Flavienne! Et mon nom est si modeste.»