—«Qu'est-ce que ça peut être, mademoiselle Francine? Je n'ose pas descendre. J'ai peur!...

—En voilà une froussarde! Eh bien, venez avec moi. Il faut voir... C'est sans doute pour quelqu'un de malade. On sait que je suis médecin.»

Je prononçai le mot avec l'enfantillage d'un peu d'orgueil. Cependant, je n'avais pas attendu mon doctorat pour donner mes soins à tout ce petit monde villageois. Jusqu'alors mes clients rustiques avaient respecté le repos de mes nuits. Il est vrai que leur santé à toute épreuve ne m'eût pas fait une carrière bien occupée, ni surtout bien fructueuse, eussé-je eu l'idée, qui ne me vint jamais, de leur réclamer des honoraires.

Nous descendîmes donc, Estelle et moi. Le bougeoir de jardin tremblait aux mains de la poltronne.

Devant notre modeste grille de bois, une auto était arrêtée: une grande limousine, dont les phares étendaient un éventail d'éclatante lumière, dont les vernis, les nickels miroitaient en dépit des demi-ténèbres. Une voiture de grand luxe, à ce qu'il me sembla.

Un homme en était descendu pour sonner. Un autre—le chauffeur—demeurait sur le siège. Enfin, dans l'intérieur (je m'en rendis compte presque aussitôt), se tenait une religieuse.

—«Mademoiselle Francine?... que l'on nomme dans le pays le docteur Francine?» me demanda l'homme avec déférence.

Visage banal, rasé, tenue bourgeoise,—avec ce je ne sais quoi qui décèle quand même les attitudes du service. Il me fit l'effet d'un intendant, d'un majordome. Un peu d'accent altérait la correction parfaite de ses paroles. Mais un accent à peine appréciable,—provincial peut-être plutôt qu'étranger.

—«C'est moi. Mais,»—me hâtai-je d'ajouter,—«je n'exerce pas ici, sauf auprès des indigents. Voulez-vous l'adresse d'un de mes confrères, à Parmain, à Beaumont?

—Mademoiselle, c'est pour une jeune femme en couches, près d'ici. Elle souffre atrocement. Elle ne veut qu'une femme auprès d'elle... Une question d'humanité. Si vous jugiez qu'une autre intervention est nécessaire, il serait toujours temps...