—Comment ça?

—Ben, Bertile, d'abord, a sauté de l'auto. Elle s'est foulé ou cassé quelque chose... Vous savez bien?... Elle est restée un mois sans venir:

—Non, je ne sais pas. Je ne suis pas souvent des mêmes répétitions.

—Oh!... et puis...» continua la petite en s'étranglant de rire, «c'est le père Pageant qui en a fait une histoire!... Il a tapé sur sa femme!... Ah! mes enfants, ce que j'aurais voulu être là!... Parce que c'est sa seconde femme, celle-là... C'est pas la mère à Bertile.

—Alors Bertile est malheureuse, chez elle.

—Ne la plaignez pas. Elle n'y est plus. Quand je vous dis qu'elle a toutes les chances. Sa petite mère du corps de ballet, Flaviana,—excusez du peu!—l'a prise... oui, dans son bel appartement du boulevard de Courcelles. Vous comprenez pourquoi elle s'en fichait de vos générosités chez la mère Martin. Elle nous dédaigne tous. Mademoiselle se voit déjà étoile.

—Je ne crois pas que Bertile soit méprisante,» murmura le pauvre chevalier, qui rougit sous la visière d'or de son casque d'argent.

—«Oh!» fit Chichette, «qu'elle le soit ou non!... pour ce que ça vous servira!... Allons, venez nettoyer mon ardoise, mon petit Claudio. Je vous en ai donné pour vingt-huit sous, il me semble.»

Et elle courut vers le modeste buffet, sur ses légers chaussons roses, dans l'envolement de la jupe mousseuse, criant de sa voix pointue:

—«Mon orgeat, mère Martin!... Donnez vite!... V'là Rothschild qui s'amène!»