L'édifiante réflexion ne trouva pas d'écho. Le bavardage de la mère Martin venait de mettre en fuite les gros bonnets. Et le menu fretin se hâtait de les imiter en courant aux postes de travail. L'évanouissement d'une danseuse, au National-Lyrique, n'était pas une de ces circonstances dont l'imprévu et la rareté pussent émouvoir. Si l'accident avait retenu un moment l'attention de ces messieurs, c'est qu'il concernait Bertile, la meilleure danseuse du premier quadrille, une fillette dont la douceur et l'excellente tenue plaisaient à tous, en qui, surtout, on respectait la protégée de Flaviana.
Cependant, à la faveur de l'émotion générale, du brouhaha, des allées et venues, l'auteur du désordre s'était éclipsé. En toute hâte, il rejoignit, vers la porte des artistes, la femme de Victor Pageant, que la mère Martin avait parfaitement reconnue tout à l'heure dans un couloir.
—«Sortons,» dit ce personnage, d'un air fort contrarié. «D'ailleurs, vous avez la somme dont nous étions convenus. Bonsoir! Je n'ai pas envie qu'on me voie avec vous.
—Mais... s'écria la mégère, abasourdie.
—«Il n'y a pas de «mais». J'y renonce... J'aurais tout donné à cette enfant-là. Ah! elle ne sait pas ce qu'elle perd... Cependant, il y a des bornes...
—Qu'a-t-elle donc fait?...
—Elle a crié comme si je venais pour l'assassiner. Elle a ameuté tout le théâtre.
—La pécore!... Elle me le paiera.
—«Allons, n'y pensons plus!» s'écria brusquement le riche amateur de fruits verts.
Une rage saisit la marâtre. Des mots injurieux sortirent de sa bouche à l'adresse de sa belle-fille.