Elle mit des sels sous le nez de la jeune fille, et d'un peu d'ouate, mouillée au goulot d'un flacon, lui frotta les tempes. Une odeur de mauvaise eau de Cologne se répandit.
—«Bertile Pageant...» fit le directeur, hochant la tête. «Elle est douée, cette mâtine-là. Elle a de l'avenir... Pourquoi tourne-t-elle de l'œil comme ça? Elle n'a pas fait la bêtise, au moins?
—Elle!...» s'exclama la mère Martin avant que Flaviana pût répondre. «Pas de danger!... C'est sage comme l'agneau du bon Dieu... Mais je vous dis qu'on y a tourné les sangs.»
L'étoile intervint:
—«Elle n'est pas heureuse chez elle. Le père s'est remarié. La belle-mère n'est pas tendre. Pour le moment, je l'ai prise avec moi.
—Ça vous ressemble, ça, ma chère,» opina le directeur.
—«Les jeux de lumière lui auront donné une sorte d'hallucination. C'est une petite nature très impressionnable.
—On serait impressionné à moins,» grommela la mère Martin, qui, maintenant, détachait la ceinture étroite autour de cette taille à prendre dans les dix doigts. «Là... ma belle... Ça va mieux?... On va la monter dans la loge à sa «petite mère».
—Vous avez l'air de savoir quelque chose, madame?» questionna l'auteur du livret, qui ne connaissait pas la mère Martin, ni son commerce de douceurs près du petit foyer de la danse, ni sa popularité parmi toute cette crédule et friande jeunesse.
—«Je sais seulement que j'ai aperçu dans un couloir cette chouette de mauvais augure, la fruitière de la rue du Rocher, sa marâtre, quoi! Elle m'avait l'air de faire signe à quelqu'un. Dieu sait si elle n'amenait pas jusqu'ici quelque vieux singe, dont le museau effraie cette pauvre petite. Pisqu'al'ne veut pas, Bertile!... Faut avoir du vice pour la forcer. Que ces demoiselles cherchent une position... pas moi qui les en blâmerai... Mais c'est guère tout de même le rôle d'une mère...»