Le président.—«Je ne puis, maître, vous laisser avancer davantage sur ce terrain. Nous ne faisons pas le procès d'un directeur de bagne sibérien, pas plus que celui du feu prince Omiroff. Le jury n'a pas à s'occuper de ces choses, qui ne le concernent pas. Il nous dira si, oui ou non, Tatiane Kachintzeff a pris part à un complot et à la fabrication d'engins destinés à faire périr le prince Boris Omiroff, fils de l'ancien gouverneur général de la province d'Irkoutsk.»

Le défenseur.—«Mais vous-même, monsieur le président, déclariez que le jury devait être éclairé sur les faits qui auraient pu susciter chez la fille de Kachintzeff une idée de vengeance?»

Le président.—«Non pas les faits, dont nous ne saurions préjuger ici, mais l'impression, fausse ou exacte, que l'accusée en a reçue. On a pu facilement troubler, égarer, cette âme de quatorze ans. Cela n'excuserait pas son crime, mais en indiquerait la genèse. Nous allons, du reste, savoir par elle-même... Tatiane Kachintzeff, levez-vous.»

La jeune Russe, retombée assise, comme en faiblesse, après son terrible mouvement d'angoisse, écarta la main dont elle se cachait le visage, et se dressa.

Le président.—«Votre père, avant de rendre le dernier soupir, vous imposa, à vous, presque enfant, une mission de vengeance?»

Tatiane.—«Non, monsieur le président.»

Le président.—«Il vous a dicté une formule de serment?»

Tatiane.—«Non.»

Le président.—«Cependant, il a accusé?»

Tatiane.—«Personne.»