—Enfin, vous étiez, le soir du 28 juin, dans les bois de la Petite-Barrerie, avec vos co-accusés ici présents?
—J'y étais avec Tatiane.
—Eh bien, vous aviez un but, une idée? Vous saviez pourquoi vous deviez vous y rencontrer avec vos amis?
—Je n'ai qu'une amie.
—Qui cela?
—Tatiane Kachintzeff.
—C'est entendu. Eh bien, qu'est-ce que vous alliez faire, avec Tatiane Kachintzeff, dans la carrière de sable de la Petite-Barrerie?
—J'y allais parce qu'elle y allait. Ce qu'on y ferait, ça m'était bien égal. Elle m'avait dit: «Viens.» D'ailleurs, la route est longue, de la station du chemin de fer jusque-là. Elle n'avait pas dîné. Je pensais que j'arriverais à la faire un peu manger, en marchant. J'avais pris quelque chose qu'elle aime: du pain avec des figues sèches.»
Il y eut un petit mouvement dans l'auditoire. Quelle attention en ce moment! quel silence!
La Risslaya se tourna, étonnée de ne plus entendre rire. On vit maintenant que, hors de sa misère, elle aurait été belle. Une douceur veloutée fondait le scintillement de ses yeux. Sa bouche fléchissait de tendresse quand elle nommait Tatiane, sa voix même changeait.