Il raconta la légende. Un des anciens seigneurs de Villenoise était venu se pendre là par désespoir d’amour.

—Ce n’est pas une mort de gentilhomme, remarqua Lucienne.

—Tu peux supprimer «gentil», ajouta vivement Gilberte.

—Que voulez-vous dire, mademoiselle? demanda Vincent.

—Que les hommes ne se tuent pas par amour, prononça gravement la jeune fille. Ils ne savent pas aimer jusqu’à la mort. Quand ils se tuent, c’est qu’un venin d’orgueil ou d’intérêt rend mortelle leur blessure d’amour.

—Bah! dit Lucienne stupéfaite. Où es-tu devenue si savante, petite fille?

M. de Villenoise dit seulement:

—Vous êtes sévère pour nous, mademoiselle.

Il était devenu tout pâle. Pourquoi avait-elle prononcé les mots d’orgueil et d’intérêt? Se croyait-elle dédaignée par lui à cause de l’inégalité de leurs fortunes? Elle, qui n’avait aucun avantage social à partager avec celui qu’elle épouserait, ne se sentait-elle pas froissée par l’étalage de son luxe, à lui, Vincent, au moment où il se détournait d’elle? Ah! brute qu’il était d’avoir choisi pour sa muette rupture le décor de ce château fastueux, de ces bois dont il avait, par comble de maladresse, vanté lui-même les beautés!

La voiture s’arrêtait. On était devant le Chêne au Pendu.