—Certes, et catégorique.
—Lequel?
—Épouse Mme Marsan.
—Voyons, mon cher, ne te moque pas de moi! Après m’être livré comme je viens de le faire, je ne suis pas d’humeur à supporter la raillerie.
—Je ne raille pas. Je ne prêche même pas. Je ne parle ni honneur, ni devoir, parce que tu t’es mis dans un cas où le devoir et l’honneur eux-mêmes hésitent et se partagent. Non, je te traite en malade qui cherche un remède. Tu souffres surtout de la dualité de ton cœur et de ta vie. Il te faut revenir à la simplicité de la ligne droite, et mettre des deux côtés de ton chemin des murs si hauts que tu ne puisses plus songer à faire l’école buissonnière. Puis tu dois cela, non pas à la femme que tu épouses, mais à celle que tu n’épouses pas. Elle ne guérira, comme tu ne guériras toi-même, que par la brutale contrainte d’une situation nette.
—Mais alors, hasarda Vincent, puisqu’il suffit d’un mariage, pourquoi celui-là... et pas l’autre?
—Parce que tu n’es pas libre, mon bon. Et la preuve, c’est que tu ne te sens pas libre.
—Jamais... cria M. de Villenoise, jamais je ne ferai l’injure à Gilberte d’épouser...
—Ne prononce pas le nom de Gilberte, dit Robert d’un ton qui jeta du froid entre les deux amis.
Il y eut un silence. Enfin Dalgrand reprit, presque bourru: