M. de Villenoise lui peignit, de la façon la plus fidèle, l’état de sa liaison avec Sabine, les raisons qu’il avait pour ne pas abandonner cette femme si follement sensible, qui ne vivait que par lui et que pourtant il était devenu incapable de rendre heureuse. Il parla du caractère violent et jaloux de son amie. «Depuis quelques jours,» dit-il, «elle est devenue plus ombrageuse que jamais. Une circonstance que j’ignore lui a fait croire que j’ai résolu de me séparer d’elle. Nous passons de la tristesse la plus morne aux emportements les plus insensés. C’est un supplice dont elle souffre, je t’assure, tout autant que moi-même. Et cependant...»

Robert répéta, avec une nuance d’ironie:

—Et cependant?...

—Il y a quelque chose d’incompréhensible, d’inouï, de pire que tout...

—Parle donc, mon Dieu! A quoi servent les superlatifs et les réticences?

—Eh bien! avoua Vincent, si je devais la quitter de moi-même, par un acte de ma seule volonté, je sais que je ne pourrais le faire sans un déchirement affreux.

—Allons donc! s’exclama Dalgrand, comme s’il venait enfin d’arracher la racine douloureuse de cet abcès moral.

Il y eut, entre les deux amis, un instant de silence.

—As-tu un conseil à me donner? demanda enfin M. de Villenoise.