—Je ne crains pas. Mais je n’ai pas l’absolue certitude... Parce qu’il y a un élément que je ne puis évaluer à l’avance.

—Quel élément?

—Les vibrations que donnera l’aluminium. Tu ignores naturellement que l’amplitude des vibrations est d’autant plus considérable, et par conséquent d’autant plus dangereuse, que l’ouvrage métallique est plus léger, et soumis à des chocs plus régulièrement rythmiques. Un train en marche donne le choc de chaque paire de roues aux joints des rails, et produit en outre, avec les contre-poids des roues motrices des locomotives, des impulsions périodiques. Ce qu’il y a de redoutable, c’est que ces chocs affectent un certain rythme, en relation déterminée avec le rythme propre des vibrations du pont. Eh bien, cette relation, qu’il importe au plus haut point de connaître, je ne puis la calculer d’avance pour un métal nouveau.

—Mais alors, dit Vincent, le mécanicien qui se risquera là-dessus?...

—Le mécanicien... Mais ce sera moi-même.

—Toi!...

—Crois-tu que je laisserais un brave homme exposer sa vie?... Et pour une œuvre qui est la mienne! Pas un mécanicien ne dirait non. Ces gens-là ne connaissent que la consigne... Comme les soldats.

—Ah! s’écria Vincent, je comprends ce que tu veux me proposer... Je ne demande qu’à me débarrasser de l’existence... Donc c’est moi qui essaierai le pont... Eh bien, mon cher, ça me va... Je te remercie... Je suis ton homme.

Et, en effet, il paraissait ravi de l’idée. Il ajouta:

—Ça n’est pas difficile, je suppose, de conduire une machine sur une longueur de cent mètres? Tu me montreras.