—Taisez-vous!... cria Sabine. Ne continuez pas sur ce ton... ou je vais me jeter dans cette rivière. Vous me tuez!...

Elle avait élevé la voix. Quelques personnes tournèrent la tête. Car le groupe des touristes ne s’était pas encore dispersé. On entourait le vestiaire, les dames reprenaient leurs chapeaux qu’elles avaient quittés pour descendre dans les grottes. Les hommes se débarrassaient des longues blouses de toile enfilées pour préserver leurs habits. Des marchands offraient des photographies, des fragments de stalactites... Parmi cette foule, le visage tragique de Sabine, son air agité, sa voix frémissante, commençaient à attirer l’attention.

M. de Villenoise, saisi d’une froide fureur, lui empoigna le bras, l’entraîna. Et, pour se soulager par une marche à outrance, en même temps que pour éviter une explication où il n’eût pas gardé son calme, il la fit aller tout d’une traite jusqu’au village de Han-sur-Lesse.

Là, il se rendit à l’auberge où il avait laissé sa voiture. Elle n’était pas encore attelée. Le cocher ne se retrouvait pas. Vincent n’avait donné des ordres que pour trois heures; il en était à peine deux et demie. Mais il ne s’arrêta pas à cette considération. Et lorsque enfin il tomba sur son conducteur, qui jouait aux cartes sous une tonnelle, il s’emporta contre cet homme comme jamais de sa vie cela ne lui était arrivé pour une si futile circonstance.

Le flegmatique Flamand n’en alla pas plus vite. Il termina son coup de cartes, compta ses points, puis se dirigea vers l’écurie. Et un moment fort long se passa avant qu’on le vît revenir avec ses deux chevaux tout harnachés. Il les laissa au bord de la route, et dut se faire donner un coup de main pour dégager sa victoria prise entre les autres véhicules.

Pendant ce temps, M. de Villenoise tempêtait, jurait entre ses dents, arpentait la route, si bien que Sabine n’essaya même pas de lui adresser un mot. Brisée d’émotion et de fatigue, elle s’était assise devant une petite table, à la porte de l’auberge. Le patron vint aussitôt lui offrir ses services:

—Madame va prendre quelque chose avant de repartir?... C’est loin, Dinant!... Madame ne pourra pas se mettre à table avant huit heures. Nous avons du poulet froid...

—Mais non, mais non! cria M. de Villenoise.

Et comme l’homme insistait:

—Fichez-nous la paix! Nous avons ce qu’il nous faut dans la voiture.