—Plus que jamais! s’écria M. de Villenoise, avec un accent et un élan qui donnaient une gravité singulière à sa phrase. Et il souligna encore son exclamation en allant prendre la main de son ami, en la serrant avec une effusion qui répondait sans doute à quelque chose de sous-entendu entre eux.
A peine Robert fut-il parti que Sabine dit à Vincent:
—C’est donc après-demain l’inauguration? Et il était entendu que vous y seriez! La famille Méricourt aussi, naturellement. Pourquoi me disiez-vous que cette cérémonie n’aurait pas lieu avant la semaine prochaine, et que vous ne resteriez pas ici pour y assister?
Les soupçons qu’avaient éveillés chez Sabine les derniers mots mystérieux des deux amis anéantissaient pour elle les triomphantes sensations de cette soirée, la rejetaient à ses doutes, à ses angoisses, et, du même coup, à ses maladresses.
—Il ne s’agit pas de l’inauguration, répondit Vincent, qui haussa les épaules. (De nouveau il se sentait irrité, découragé. Chez lui aussi, les impressions apaisantes n’avaient été que passagères.)
—De quoi s’agit-il donc? demanda Sabine.
—De l’essai du pont sous diverses charges et à des vitesses différentes.
—L’essai du pont? Vous ne m’en aviez jamais parlé!
C’était l’intention de s’exposer au danger à côté de Dalgrand qui avait rendu discret M. de Villenoise. Maintenant encore il ne lui convenait pas de rien expliquer. Outre qu’il voulait épargner une inquiétude à Mme Marsan, et à lui-même des scènes ennuyeuses, le ton de juge d’instruction que prenait celle-ci n’était pas pour lui desserrer les lèvres.
—Je savais bien, s’écria-t-elle, que vous me cachiez quelque chose!