C’était l’essai d’un minimum de poids avec un maximum de vitesse. Il avait réussi. Quelques applaudissements éclatèrent dans la foule.
Maintenant, ceux de la berge comptaient sur le passage immédiat d’un train. Aussi furent-ils surpris de voir quelques-uns des messieurs de là-haut descendre au bord de la rivière, s’embarquer dans un petit bateau de promenade, et gagner le milieu du courant. Là, le cou tordu, la tête levée, ils examinaient le viaduc. En même temps, des ouvriers s’accrochèrent aux charpentes et voltigèrent entre les poutres de métal, comme des oiseaux dans une volière. Alors, parmi les badauds, les plus perspicaces instruisirent l’ébahissement de leurs voisines et donnèrent l’explication de la manœuvre.
On s’assurait si rien n’avait fléchi.
Robert Dalgrand et Vincent de Villenoise étaient dans la barque avec deux ingénieurs. Leur examen paraissait satisfaisant. Et les ouvriers, qu’ils interpellèrent, ne remarquaient pas un craquement, pas une défaillance dans ce faisceau de forces organisé pour une formidable résistance.
Quand Dalgrand remonta, il voulut prendre la conduite du train de fourgons vides qui devait tenter l’épreuve après la locomotive isolée.
Des officieux déclarèrent qu’on l’en empêcherait, fût-ce par la force. Il sourit et céda. Nulle inquiétude n’existait en lui au sujet de cette seconde expérience. Il préférait se réserver pour la troisième.
Quelques messieurs remuants se portèrent alors vers la machine du train en partance, afin de donner des poignées de main au mécanicien et de lui promettre des récompenses.
—Messieurs, je vous en supplie, s’écria Dalgrand, n’allez pas troubler ce brave homme!
Il prit seulement avec lui le directeur de la Compagnie, devant qui le mécanicien se redressa, comme un sergent devant son général.
—Tu sais ce que tu vas faire, Vanier? demanda son chef.