—Cela m’est difficile... à vous... madame. J’espérais que, vous-même, d’abord, vous me mettriez sur la voie.

—Moi?... cria-t-elle... Moi?... Mais qu’est-ce que je puis savoir?...

Elle s’animait, parlait plus haut.

—Moi qui l’adore!... Moi qui me tuerai s’il meurt!... Que voulez-vous dire?... Comment connaîtrais-je son assassin?...

—Chère madame, dit Robert très doucement en lui prenant la main, ne vous faites pas tant de mal... Calmez-vous... J’ai tort de vous parler de cela maintenant...

Il la berçait de ses paroles comme un enfant malade. Sous la caresse de son accent, Sabine parut sortir d’un cauchemar. Elle passa la main sur son front, tourna vers le jeune homme des yeux surpris et craintifs. Puis elle eut un rire nerveux.

—Ah! ah!... c’est vrai... Je suis là qui m’excite... Je suis folle... Je ne sais pas ce que je dis... Mais parlez, vous. Qu’est-ce que vous croyez donc?...

Maintenant, tandis qu’il voulait détourner la conversation, éviter ce terrible sujet, c’était Sabine qui le pressait de lui découvrir ses soupçons.

—En qui auriez-vous confiance, si ce n’est en moi? lui disait-elle. Que supposez-vous?... Une vengeance, n’est-ce pas?... Un ouvrier renvoyé de l’usine?...

Robert secoua la tête, avec un air de dire: «C’est plus grave encore que cela.»