Alors Sabine lui serra le bras d’une étreinte qui, même sur ses muscles puissants, creusa une trace douloureuse.
—Ah! s’écria-t-elle, parlez donc! Vous voyez bien que vous me torturez!...
Dalgrand ne devait réfléchir sur cette conversation que plus tard.
—Vous le voulez? dit-il. Je regrette d’avoir commencé. Je pensais que mon idée serait peut-être la vôtre et que vous me comprendriez à demi-mot. Puisque vous ne la soupçonnez même pas, je crains les réflexions qu’elle va vous suggérer. Ma conviction est que notre malheureux Vincent... (il s’arrêta encore) a eu la folie... de vouloir... de... enfin d’attenter lui-même à ses jours.
Le saisissement de Sabine fut tel qu’elle en demeura muette, les yeux effarés, ne comprenant pas.
—Un suicide... murmura-t-elle enfin. Lui, se suicider... mais pourquoi?
Dalgrand rougit comme une femme. «Elle ne soupçonnait pas l’état de son cœur!» pensa-t-il.
En effet, Sabine en ignorait les combats, tout en se dévorant de jalousie à cause de Gilberte. Elle croyait que Vincent amoureux suivrait simplement sa passion, comme elle-même l’aurait fait s’il eût été possible qu’elle en aimât un autre.
—Il avait des idées noires, expliquait vaguement Robert. Là-bas, en Belgique, il n’est venu essayer le viaduc avec moi que dans l’intention de risquer sa vie...
—En Belgique... Risquer sa vie!... Il n’y allait donc pas pour?...