—Madame!... dit Robert qui se leva, effrayé par l’expression d’égarement que prit le visage de Sabine.

—Mais... disait-elle, alors... C’est horrible!... C’est horrible!...

Elle s’évanouit. Les médecins entraient. Robert, dans l’émotion et l’embarras de sa position singulière, avec cette femme entre les bras et ces messieurs qui le considéraient avec étonnement, n’eut pas la notion juste des choses. Il ne savait plus après quelles paroles Sabine avait perdu connaissance, et ne garda aucune appréciation exacte de cette scène.

—Messieurs, je suis Robert Dalgrand, le meilleur ami de M. de Villenoise. Madame s’est trouvée mal parce que j’ai risqué l’hypothèse d’une tentative de suicide... Le malheureux avait des chagrins... Mais quel est au juste son état?... Je vous en supplie, dites-moi toute la vérité!

—Un suicide?... répéta le grand médecin de Paris avec un air de surprise et de doute. Et il regarda le chirurgien. Celui-ci hocha la tête, eut un grave sourire.

—On ne se suicide pas en se braquant un revolver sur la hanche. Ou alors ce n’était pas sérieux.

—Messieurs, interposa le médecin du pays, notre blessé, dans un court instant de connaissance, m’a parlé d’un homme qu’il avait vu s’enfuir.

—Mais comment va-t-il?... Puis-je le voir?... Parlez... supplia Dalgrand.

Aussitôt ces messieurs lui donnèrent de l’espoir. Ils avaient enfin extrait la balle. On l’avait retrouvée moins profondément qu’on ne craignait, mais dans une direction imprévue. Le choc contre l’os iliaque avait amorti la vitesse du projectile, qui n’avait pas pénétré dans l’intestin, mais avait effleuré le péritoine. Une péritonite localisée en résultait, dont le blessé pouvait certainement guérir, mais que la moindre aggravation rendrait générale et sans doute mortelle.

—Ah! dit Sabine qui reprenait ses sens, il vivra!... C’est moi qui le soigne... Aucune complication n’est à craindre.