Bientôt celui-ci revint, suivi seulement de Sabine.
—Mon ami, dit-elle en s’approchant du lit, c’est moi qui ai prié le juge de partir. J’ai vu que le docteur faiblissait, je suis descendue avant lui...
Elle ajouta, en passant légèrement ses doigts sur le front du malade:
—Oh! ne froncez pas méchamment vos sourcils. Pardonnez-moi... J’avais si grand’peur que vous ne vous fissiez du mal!...
—Est-ce sûr, demanda Vincent, qu’il reviendra demain?
—Oui, oui... demain matin. Il est aussi pressé que vous.
Le quelque chose de soupçonneux et d’inquiet qui s’était éveillé chez Dalgrand se dressa de nouveau en lui, moins inconscient, plus aigu. Et, dans la journée, cela prit forme. L’inventeur crut remarquer que Mme Marsan souhaitait qu’il ne fût pas là quand le juge d’instruction interrogerait Vincent.
Depuis l’accident, Robert circulait sans cesse entre Paris et Villenoise. Parfois il passait la nuit au château. C’était quand il y arrivait dans la soirée. Ce jour-là, étant venu de Paris par le premier train, il comptait s’en retourner avant le dîner, pour ne pas condamner Lucienne à une solitude trop longue. Mais il trouva que Mme Marsan s’occupait, par extraordinaire, un peu trop de son départ. Elle avait donné bien vite l’ordre de faire atteler à trois heures pour conduire M. Dalgrand à la gare. Puis, s’informant de l’heure où il faudrait le faire chercher demain, elle avait dit:
—Pas trop tôt le matin, n’est-ce pas? Nous aurons le juge d’instruction... On pourrait oublier d’envoyer la voiture... Et déjà on devra le chercher lui-même, au train d’Évreux.
De telles objections, dans une maison où les nombreux attelages n’avaient plus rien à faire, et de la part de Sabine, qui laissait d’ordinaire tous ces soins au premier piqueur,—affectant même de ne pas se poser en maîtresse vis-à-vis de la valetaille,—ne pouvaient manquer de frapper Dalgrand, surtout dans l’état d’esprit où il se trouvait.