«Elle veut certainement,» se dit-il, «que je n’assiste pas à l’interrogatoire de Vincent. Mais pourquoi?... Il faut que je sache. Je resterai, et je l’observerai. Ces diables de petites cervelles féminines... On ne sait jamais quelles bizarres combinaisons peuvent s’y établir.»
Robert, qui ne manquait pas de finesse, malgré la franchise large de sa nature, ne déclara pas brusquement qu’il voulait rester à Villenoise. Il sut se faire retenir par Vincent. D’après une idée qu’il lui suggéra, le malade se mit en tête de le garder jusqu’au lendemain.
—Vois-tu, dit celui-ci, je serais bien aise que tu fusses là en même temps que le juge. Tu connais tout de ma vie... Tu auras peut-être une idée qui ne nous viendrait ni à lui, ni à moi. Puis cela m’évitera la fatigue de faire deux fois le même récit, les mêmes réflexions. Ce que je dirai sera nouveau pour toi, puisqu’on ne m’a pas encore permis de parler de...
Robert l’interrompit en riant.
—Et tu en dis bien long, cependant. Allons, tais-toi, sacré bavard! C’est entendu, je reste. Je vais aller dans ton cabinet téléphoner à Lucienne.
Le malade secoua la tête. Puis, comme il se sentait vraiment las, il fit signe à Sabine d’expliquer quelque chose.
Celle-ci n’eut pas la présence d’esprit de cacher sa contrariété. Elle prit un air glacial.
—Le téléphone du château ne communique pas avec Paris, dit-elle. Il n’y a que celui de l’usine. Téléphonez à l’usine, qui téléphonera à Paris. Ou bien allez à l’usine, à votre choix.
—Je vais à l’usine, dit Robert. Cela me promènera. Et je rapporterai à Vincent des nouvelles de tout son monde.
Quand il revint, deux heures après, il trouva M. de Villenoise assoupi. Dès le seuil, il vit le doigt levé de Sabine. Il s’assit donc à distance, et se mit à déployer un journal, avec toute la lenteur nécessaire pour que le papier ne criât pas.